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Histoire vraie · Silicon Valley

Scott Thompson :
PDG de Yahoo viré
après 4 mois

Nommé avec le mandat de sauver Yahoo, Scott Thompson avait tout pour plaire : un CV brillant, une réputation de bâtisseur, et un diplôme en informatique de Stonehill College. Problème : ce diplôme n'existait pas. Et dans la Silicon Valley, quelqu'un allait le découvrir.

Mai 2012 · Sunnyvale, Californie 11 min de lecture
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Janvier 2012. Yahoo est en crise. L'entreprise qui a longtemps régné sur internet est en train de se noyer, bousculée par Google, rattrapée par Facebook, incapable de trouver une direction. Son conseil d'administration cherche un sauveur. Il croit l'avoir trouvé en la personne de Scott Thompson, l'ancien président de PayPal. Le jour de son annonce, les marchés applaudissent.

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Elle s'arrête quatre mois plus tard, à cause d'une ligne sur un CV.

Chapitre 01

L'ascension : Un CV au millimètre

Scott Thompson, 54 ans en 2012, a une carrière solide. Il a grandi dans l'industrie des paiements électroniques, contribué à la montée en puissance de Visa, puis dirigé PayPal, qu'il a transformé en machine à cash sous l'égide d'eBay. Son bilan opérationnel est réel, ses résultats mesurables.

Sur son CV et dans les documents officiels de Yahoo, il est indiqué qu'il détient un diplôme en comptabilité et en informatique du Stonehill College, une petite université catholique du Massachusetts. Ce double diplôme lui donne une crédibilité particulière dans la Silicon Valley : être un financier et comprendre la tech, c'est précisément ce que Yahoo cherche.

4 mois comme PDG de Yahoo avant la démission forcée
~7 M$ de rémunération perçue pendant ces 4 mois
1 diplôme inventé : informatique, jamais obtenu à Stonehill
Chapitre 02

Dan Loeb : Le détective improbable

L'ennemi de Thompson ne s'appelle pas un journaliste d'investigation ni un agent du FBI. Il s'appelle Dan Loeb, et c'est un hedge fund manager agressif, fondateur de Third Point LLC, qui détient une participation significative dans Yahoo et veut imposer ses propres candidats au conseil d'administration.

Dans ce contexte de bras de fer entre l'actionnaire activiste et le conseil d'administration, Loeb et ses équipes passent au crible tout ce qui peut nuire à la crédibilité de Thompson, y compris, méthodiquement, son CV.

Le 26 avril 2012, Third Point envoie une lettre de 8 pages au conseil d'administration de Yahoo. La lettre est chirurgicale. Elle pointe en particulier un élément : Stonehill College ne proposait pas de diplôme en informatique en 1979, l'année où Thompson est supposé avoir obtenu le sien. Le département d'informatique a été créé bien après.

« Ce n'était pas une erreur de bonne foi. Ce diplôme qui n'existe pas apparaît dans des dizaines de documents officiels déposés auprès de la SEC. Cela soulève des questions fondamentales sur l'intégrité du management. »
Dan Loeb, lettre à Yahoo Board of Directors, 26 avril 2012
Circuit imprimé, technologie Silicon Valley · 2012
Chapitre 03

La séquence de la chute

Ce qui suit est un manuel de gestion de crise raté.

Dans un premier temps, Yahoo tente de minimiser. Un porte-parole parle d'"inadvertance". Le conseil affirme que Thompson n'est "pas personnellement responsable" de l'inexactitude. On laisse entendre que c'est peut-être la faute du cabinet de chasseurs de têtes, Heidrick & Struggles, qui aurait mal compilé le dossier.

La presse ne lâche pas. Le New York Times, le Wall Street Journal, TechCrunch : tous passent au crible les autres documents officiels de Yahoo. Le faux diplôme apparaît dans des proxy statements déposés auprès de la Securities and Exchange Commission, des documents légaux, sous serment.

En quelques jours, l'affaire dépasse Thompson lui-même : on découvre que Patti Hart, membre du conseil d'administration qui avait validé sa nomination, avait elle-même des inexactitudes dans son CV officiel. Le conseil est embarrassé à tous les niveaux.

La cascade d'effets de l'affaire Thompson
Chapitre 04

La vraie question : qui a vérifié ?

Scott Thompson avait un vrai diplôme de comptabilité de Stonehill College. Il avait une vraie carrière. Ses résultats chez PayPal étaient réels et documentés. La ligne "informatique" sur son diplôme était, dans le fond, accessoire à sa légitimité réelle.

Alors pourquoi l'avoir mise ? Vraisemblablement parce que dans la Silicon Valley, "je comprends la tech" c'est bien, mais "j'ai un diplôme en informatique" c'est mieux. Une petite ligne. Une petite amélioration. Un détail.

Sauf que ce détail a figé dans des documents légaux officiels, répété sur 10 ans dans des dépôts auprès de la SEC, et personne, pas Yahoo, pas les chasseurs de têtes, pas les administrateurs, pas les actionnaires, n'avait pris la peine de demander une simple copie du diplôme.

L'information aurait été disponible en 30 minutes. Un appel au bureau des alumni de Stonehill College aurait suffi.

Chronologie

Quatre mois, une chute

Janvier 2012

Thompson nommé PDG de Yahoo. Son CV mentionne un double diplôme (comptabilité + informatique) à Stonehill College.

26 avril 2012

Third Point / Dan Loeb envoie sa lettre de 8 pages exposant l'inexactitude du diplôme au conseil de Yahoo.

28 avril – 12 mai 2012

Deux semaines de gestion de crise calamiteuse. Yahoo tente de nier, puis de minimiser, puis de diluer les responsabilités.

13 mai 2012

Thompson démissionne. Officiellement pour raisons de santé. Aucune charge pénale.

Juillet 2012

Marissa Mayer nommée PDG. Le conseil est restructuré. Yahoo tente de tourner la page.

Leçon

L'effet domino et ce qu'il reste

Dans les mois qui ont suivi, plusieurs grandes entreprises américaines ont renforcé leurs procédures de vérification pour les nominations au niveau exécutif. Des cabinets de chasseurs de têtes ont explicitement mentionné la vérification des diplômes comme étape obligatoire, ce qui, étrangement, n'était pas toujours le cas avant 2012.

Des études publiées après l'affaire ont révélé que des inexactitudes similaires existaient dans les CV d'un pourcentage non négligeable de dirigeants du Fortune 500 : des diplômes non obtenus présentés comme tels, des spécialités ajoutées rétrospectivement, des formations partielles transformées en diplômes complets.

La leçon est inconfortable : la fraude sur les diplômes n'est pas le fait de candidats sans scrupules aux postes d'entrée. Elle touche tous les niveaux hiérarchiques, y compris, et peut-être surtout, les postes les plus élevés, où la vérification rigoureuse est paradoxalement la moins systématique.

« Dans les recrutements de dirigeants, on passe des semaines à analyser les résultats financiers, les références stratégiques, les softs skills. Et on oublie souvent de vérifier si le diplôme inscrit sur le CV existe vraiment. »
Analyste RH, Harvard Business Review, 2013
Ce que ça change pour vous

La leçon pour les recruteurs

L'affaire Thompson illustre une vérité contre-intuitive : les recrutements les plus risqués en matière de fraude sont souvent ceux des postes les plus élevés. Plus le poste est prestigieux, plus la tentation d'embellir un CV est forte, et plus la vérification semble "inconvenante" ou superflue.

Un actionnaire activiste hostile n'est pas le meilleur outil de vérification des diplômes. Vérifier les diplômes de tout candidat, quel que soit son niveau, fait partie de la diligence raisonnable standard. C'est même plus crucial pour les postes de direction, où les conséquences d'une découverte tardive sont amplifiées.

En France, le coût d'une vérification (14,90 € à 79 €) est dérisoire face aux 7 millions de dollars versés à Thompson pendant ses 4 mois, sans compter le coût d'image pour Yahoo.

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