Au printemps 2007, un email anonyme atterrit dans les boîtes du MIT. Il est court. Il dit, en substance : les diplômes de Marilee Jones sont inventés.
Le MIT ouvre une enquête discrète. Les résultats prennent moins de 72 heures.
Trois appels téléphoniques. Albany Medical College : aucune trace d'une diplômée portant ce nom. Union College : même réponse. Rensselaer Polytechnic Institute : Jones y a bien étudié à un moment, mais elle n'a jamais obtenu de diplôme.
C'est tout. Vingt-huit ans de silence, dissous en trois coups de fil. Des informations disponibles en une heure, qui auraient pu être obtenues en 1979, lors de son embauche, si quelqu'un avait eu l'idée, ou simplement la procédure, de vérifier.
Confrontée aux résultats de l'enquête, Marilee Jones ne nie pas. Elle ne tente pas d'expliquer ou de minimiser. Elle démissionne le 26 avril 2007, dans un communiqué sobre et étrange à la fois, qui tient en quelques lignes : "Je suis profondément désolée pour la communauté du MIT, pour les lycéens que j'ai guidés pendant des années, et pour les personnes dont j'ai pu influencer le chemin. Je n'avais pas les diplômes que j'avais indiqués sur mon CV lors de mon entrée au MIT."
Pas de procédure pénale. En droit américain, le fait de mentir sur des diplômes pour obtenir un emploi dans le secteur privé n'est pas en soi un délit fédéral, sauf si cela implique l'obtention frauduleuse de licences professionnelles réglementées, ce qui n'est pas le cas ici. Jones ne sera pas poursuivie. Elle sera simplement, du jour au lendemain, une femme sans poste et avec une réputation irréparable.
La question que l'affaire Jones pose, et à laquelle personne ne répond vraiment, est celle-ci : comment le MIT, l'une des universités les plus rigoureuses du monde, une institution qui vérifie l'authenticité des publications scientifiques à la virgule près, a-t-il pu employer pendant vingt-huit ans, à son poste le plus sensible en matière d'admissions, une personne dont aucun des diplômes n'était réel ?
La réponse tient en une seule ligne : la vérification des diplômes n'était pas une procédure systématique lors de son embauche en 1979.
Et une fois qu'un employé est là, qui vérifie rétrospectivement ? Le dossier est classé dans une armoire. La confiance s'est installée. La compétence évidente de Jones a rendu toute vérification non seulement superflue aux yeux de ses collègues, mais presque indécente. On ne demande pas ses diplômes à quelqu'un qu'on admire. Ce serait l'insulter.
C'est le mécanisme classique de la fraude au long cours : plus le mensonge vieillit, plus il paraît impensable. "Elle est doyenne des admissions du MIT depuis dix ans, personne ne va lui demander ses papiers." Exact. Sauf qu'il aurait suffi d'un email à trois universités.
Après l'affaire, le MIT a revu ses procédures de vérification pour les nouvelles recrues. Plusieurs grandes universités américaines ont fait de même. Des études publiées dans les mois suivants ont révélé des chiffres troublants : entre 15 et 30 % des cadres américains auraient des inexactitudes dans leurs CV, allant de la date arrondie au diplôme pur et simple inventé.
1979Jones rejoint le MIT comme assistante administrative. Trois diplômes fictifs sur le CV. Aucune vérification à l'embauche.
1997Nommée doyenne des admissions du MIT, le poste le plus influent du bureau.
2006Publication de "Less Stress, More Success", livre sur l'authenticité dans les candidatures universitaires.
Printemps 2007Un email anonyme signale les diplômes fictifs au MIT. Enquête ouverte.
26 avril 2007Démission de Jones. Le MIT confirme les faits publiquement. Aucune charge pénale.
Après 2007Le MIT révise ses procédures. Plusieurs universités américaines font de même. Jones disparaît de la vie publique.
Ce que ça change pour vous
Le biais de confirmation professionnelle, ou pourquoi on ne vérifie jamais les meilleurs.
L'affaire Jones illustre un mécanisme que les psychologues appellent le "biais de confirmation professionnelle" : une fois qu'un employé est là, performe bien et gagne la confiance de ses pairs, personne ne remet jamais en question les bases de son dossier d'embauche. La compétence observée valide rétrospectivement le dossier, même si ce dossier est faux.
Le mensonge de Jones était doublement protégé : d'abord par l'absence de vérification à l'embauche, ensuite par l'excellence réelle de son travail pendant vingt-huit ans. On ne vérifie pas les gens en qui on a confiance. Et la confiance, une fois installée, crée une immunité naturelle contre le doute.
La solution est à l'opposé de la complexité du problème : vérifier systématiquement les diplômes avant tout recrutement, quel que soit le niveau de poste. Pas parce qu'on soupçonne quelqu'un. Parce que c'est une procédure. Et les procédures ne font pas de discrimination entre ceux qu'on aime bien et les autres.