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Cérémonie de remise de diplômes
Histoire vraie · États-Unis · Éducation

Marilee Jones :
28 ans de faux diplômes
au MIT

Elle enseignait l'authenticité à des milliers d'étudiants. Elle était la grande prêtresse des admissions du MIT. Et depuis 1979, chacun des trois diplômes inscrits sur son CV était une invention.

Avril 2007 · Cambridge, Massachusetts 14 min de lecture
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En novembre 2006, dans un amphithéâtre de Harvard, Marilee Jones prend la parole devant plusieurs centaines de conseillers d'orientation, parents et étudiants réunis pour une conférence sur les admissions universitaires. Elle est la doyenne des admissions du MIT depuis dix ans. Son livre vient de paraître. On l'applaudit avant même qu'elle commence.

Elle parle d'authenticité. Elle dit aux étudiants de ne pas embellir leurs dossiers, de ne pas jouer un rôle, d'être eux-mêmes dans leurs lettres de motivation. Elle dit que les admissions universitaires ne cherchent pas la perfection, mais la sincérité. Elle dit tout ça avec la conviction de quelqu'un qui y croit vraiment.

Depuis 1979, chacun des trois diplômes inscrits sur son propre CV est une invention. Albany Medical College : inventé. Union College : inventé. Rensselaer Polytechnic Institute : partiellement inventé. Elle y a étudié, mais elle n'a jamais obtenu le moindre diplôme.

C'est l'ironie la plus cruelle de cette histoire : la femme qui enseignait l'authenticité à des milliers d'étudiants par an était elle-même, depuis vingt-huit ans, une fiction.

28 ans. Des milliers d'étudiants guidés. Des centaines de conférences données. Et trois diplômes qui n'ont jamais existé.

La plus longue imposture universitaire américaine documentée

Mortier de diplômé, chapeau carré
Chapitre 01

1979 : une petite ligne, vingt-huit ans de silence

En 1979, Marilee Jones a 26 ans et décroche un poste d'assistante administrative au bureau des admissions du MIT. C'est un emploi d'entrée de gamme : elle répondra au courrier, organisera les dossiers, apprendra les procédures. Rien de particulièrement glamour.

Sur le formulaire de candidature, dans la rubrique "Formation", elle inscrit trois établissements : Albany Medical College, Union College, Rensselaer Polytechnic Institute. Trois diplômes. Trois lignes. Personne ne vérifie, et pourquoi le ferait-on ? C'est un poste administratif junior dans une université débordée.

Ce que personne ne sait, et que personne ne cherchera à savoir pendant vingt-huit ans, c'est qu'aucun de ces diplômes n'existe. Jones a fréquenté brièvement Rensselaer, mais elle n'y a jamais obtenu le moindre titre. Albany Medical College et Union College sont des inventions pures.

À l'époque, la question de la vérification des diplômes pour les postes non médicaux n'est tout simplement pas à l'ordre du jour, même au MIT. On embauche sur entretien, sur recommandation, sur intuition. Jones fait bonne impression. Elle est intelligente, organisée, enthousiaste. Elle est embauchée.

Et les trois lignes restent là, dans un dossier classé quelque part dans les archives du MIT, attendant les vingt-huit années qui vont suivre.

Chapitre 02

La montée silencieuse : comment on devient irremplaçable sans diplôme

Ce qui est fascinant dans la trajectoire de Marilee Jones, c'est qu'elle n'est pas une imposteur creuse. Elle est réellement douée pour son travail. Au fil des années, elle gravit les échelons du bureau des admissions avec une régularité qui force le respect de ses collègues : directrice adjointe, directrice, puis en 1997, doyenne des admissions, le poste le plus influent du bureau.

Sous sa direction, le bureau des admissions du MIT est réputé comme l'un des plus innovants du pays. Elle défend une philosophie des admissions qui tranche avec la course aux trophées qui sévit dans les grandes universités : moins de stress, plus de personnalité, moins de perfection, plus d'authenticité. Elle convainc ses collègues. Elle convainc les parents. Elle convainc les étudiants.

En 2006, elle co-signe avec Kenneth Morse "Less Stress, More Success : A New Approach to Guiding Your Teen Through College Admissions". Le livre est bien reçu dans la presse spécialisée et chez les conseillers d'orientation. Les conférences se multiplient. Jones est invitée dans les meilleures universités, dans des séminaires de formation pour enseignants, dans des émissions de radio.

Elle est, objectivement, l'une des voix les plus écoutées sur le sujet des admissions universitaires aux États-Unis. Et chaque fois qu'elle parle, quelque part dans les archives du MIT, les trois lignes inventées de 1979 continuent leur existence tranquille.

Conférencière à un podium, salle comble

« Soyez vous-mêmes. Ne prétendez pas être quelqu'un que vous n'êtes pas. Les admissions cherchent l'authenticité. »

Marilee Jones, conférence sur les admissions universitaires, 2006
Chapitre 03

L'ironie centrale : la prêtresse de l'authenticité

Il faut s'arrêter un moment sur ce que Marilee Jones faisait exactement, professionnellement, pendant ces vingt-huit ans.

Elle évaluait les dossiers d'admission de milliers de candidats chaque année. Elle lisait leurs lettres de motivation, examinait leurs relevés de notes, jugeait la sincérité de leurs parcours. Elle avait le pouvoir de dire oui ou non à des étudiants dont la vie entière pouvait basculer sur sa décision. Et elle prenait ce rôle très au sérieux.

Elle avait particulièrement à cœur la question de l'honnêteté dans les dossiers. Elle disait souvent aux candidats qu'un parcours imparfait mais authentique valait mieux qu'un parcours brillant mais fabriqué. Elle disait qu'on ne pouvait pas bâtir une carrière sur un mensonge. Elle était très convaincante quand elle disait ça.

Elle était, disons-le franchement, particulièrement bien placée pour savoir que si.

La page de son livre consacrée à "l'importance de rester soi-même dans un processus de candidature" est particulièrement difficile à relire après les faits. On y trouve des formules comme : "Les admissions peuvent voir à travers les façades. Elles cherchent la vérité sous le vernis." Elle écrit ça en 2006. La même année où elle donne des conférences à Harvard. La même année où ses trois diplômes fictifs dorment dans un dossier MIT depuis vingt-sept ans.

Bibliothèque universitaire, longues tables de travail Massachusetts Institute of Technology · Cambridge
« Elle a passé des années à enseigner aux jeunes l'importance de l'intégrité dans leurs dossiers. C'est la contradiction la plus cruelle de toute cette affaire. »
Professeur anonyme, Harvard University, New York Times, mai 2007

En 2007, un email anonyme arrive au bureau du MIT. Il est laconique. Il est précis. Il est dévastateur.

Chapitre 04

L'email et les trois coups de téléphone

Au printemps 2007, un email anonyme atterrit dans les boîtes du MIT. Il est court. Il dit, en substance : les diplômes de Marilee Jones sont inventés.

Le MIT ouvre une enquête discrète. Les résultats prennent moins de 72 heures.

Trois appels téléphoniques. Albany Medical College : aucune trace d'une diplômée portant ce nom. Union College : même réponse. Rensselaer Polytechnic Institute : Jones y a bien étudié à un moment, mais elle n'a jamais obtenu de diplôme.

C'est tout. Vingt-huit ans de silence, dissous en trois coups de fil. Des informations disponibles en une heure, qui auraient pu être obtenues en 1979, lors de son embauche, si quelqu'un avait eu l'idée, ou simplement la procédure, de vérifier.

Confrontée aux résultats de l'enquête, Marilee Jones ne nie pas. Elle ne tente pas d'expliquer ou de minimiser. Elle démissionne le 26 avril 2007, dans un communiqué sobre et étrange à la fois, qui tient en quelques lignes : "Je suis profondément désolée pour la communauté du MIT, pour les lycéens que j'ai guidés pendant des années, et pour les personnes dont j'ai pu influencer le chemin. Je n'avais pas les diplômes que j'avais indiqués sur mon CV lors de mon entrée au MIT."

Pas de procédure pénale. En droit américain, le fait de mentir sur des diplômes pour obtenir un emploi dans le secteur privé n'est pas en soi un délit fédéral, sauf si cela implique l'obtention frauduleuse de licences professionnelles réglementées, ce qui n'est pas le cas ici. Jones ne sera pas poursuivie. Elle sera simplement, du jour au lendemain, une femme sans poste et avec une réputation irréparable.

Les trois diplômes inventés
Chapitre 05

Le MIT : victime ou complice involontaire ?

La question que l'affaire Jones pose, et à laquelle personne ne répond vraiment, est celle-ci : comment le MIT, l'une des universités les plus rigoureuses du monde, une institution qui vérifie l'authenticité des publications scientifiques à la virgule près, a-t-il pu employer pendant vingt-huit ans, à son poste le plus sensible en matière d'admissions, une personne dont aucun des diplômes n'était réel ?

La réponse tient en une seule ligne : la vérification des diplômes n'était pas une procédure systématique lors de son embauche en 1979.

Et une fois qu'un employé est là, qui vérifie rétrospectivement ? Le dossier est classé dans une armoire. La confiance s'est installée. La compétence évidente de Jones a rendu toute vérification non seulement superflue aux yeux de ses collègues, mais presque indécente. On ne demande pas ses diplômes à quelqu'un qu'on admire. Ce serait l'insulter.

C'est le mécanisme classique de la fraude au long cours : plus le mensonge vieillit, plus il paraît impensable. "Elle est doyenne des admissions du MIT depuis dix ans, personne ne va lui demander ses papiers." Exact. Sauf qu'il aurait suffi d'un email à trois universités.

Après l'affaire, le MIT a revu ses procédures de vérification pour les nouvelles recrues. Plusieurs grandes universités américaines ont fait de même. Des études publiées dans les mois suivants ont révélé des chiffres troublants : entre 15 et 30 % des cadres américains auraient des inexactitudes dans leurs CV, allant de la date arrondie au diplôme pur et simple inventé.

Rayonnages de livres, bibliothèque 28 ans · 3 diplômes · 0 vérification
Chronologie

Vingt-huit ans en six dates

1979

Jones rejoint le MIT comme assistante administrative. Trois diplômes fictifs sur le CV. Aucune vérification à l'embauche.

1997

Nommée doyenne des admissions du MIT, le poste le plus influent du bureau.

2006

Publication de "Less Stress, More Success", livre sur l'authenticité dans les candidatures universitaires.

Printemps 2007

Un email anonyme signale les diplômes fictifs au MIT. Enquête ouverte.

26 avril 2007

Démission de Jones. Le MIT confirme les faits publiquement. Aucune charge pénale.

Après 2007

Le MIT révise ses procédures. Plusieurs universités américaines font de même. Jones disparaît de la vie publique.

Ce que ça change pour vous

Le biais de confirmation professionnelle, ou pourquoi on ne vérifie jamais les meilleurs.

L'affaire Jones illustre un mécanisme que les psychologues appellent le "biais de confirmation professionnelle" : une fois qu'un employé est là, performe bien et gagne la confiance de ses pairs, personne ne remet jamais en question les bases de son dossier d'embauche. La compétence observée valide rétrospectivement le dossier, même si ce dossier est faux.

Le mensonge de Jones était doublement protégé : d'abord par l'absence de vérification à l'embauche, ensuite par l'excellence réelle de son travail pendant vingt-huit ans. On ne vérifie pas les gens en qui on a confiance. Et la confiance, une fois installée, crée une immunité naturelle contre le doute.

La solution est à l'opposé de la complexité du problème : vérifier systématiquement les diplômes avant tout recrutement, quel que soit le niveau de poste. Pas parce qu'on soupçonne quelqu'un. Parce que c'est une procédure. Et les procédures ne font pas de discrimination entre ceux qu'on aime bien et les autres.

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