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Forêt sombre
Histoire vraie · France · 1975–1993

Jean-Claude Romand :
18 ans de mensonge, 5 meurtres

Pendant presque deux décennies, cet homme a prétendu être médecin chercheur à l'Organisation Mondiale de la Santé. Il n'avait jamais passé son concours de deuxième année. Quand le château de cartes allait s'effondrer, il a choisi l'irréparable.

Janvier 1993·Ferney-Voltaire, France·12 min de lecture
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Il y a des histoires qu'on lit et qu'on ne peut plus oublier. L'affaire Jean-Claude Romand est de celles-là, non pas parce qu'elle est spectaculaire, mais parce qu'elle est profondément humaine dans toute la complexité de ce terme. C'est l'histoire d'un mensonge ordinaire qui a duré dix-huit ans, et d'un homme ordinaire qui a préféré tuer sa famille plutôt que d'avouer qu'il n'avait jamais été ce qu'il prétendait être.

Acte I : Le mensonge inaugural, 1975

Tout commence à la faculté de médecine de Lyon, à l'automne 1975. Jean-Claude Romand, 18 ans, fils d'un garde forestier des Alpes, s'inscrit en première année de médecine. C'est là qu'il rencontre Florence Crolet, dont il tombe amoureux.

En juin 1976, il rate son examen de passage en deuxième année. C'est un échec banal : les deux tiers de ses camarades subissent le même sort. La différence, c'est ce qu'il décide ce soir-là : il ne dit rien à personne. Il continue de se lever le matin, de prendre sa voiture, de partir "à la fac". Sauf qu'il ne va nulle part. Il passe ses journées dans sa voiture, dans des cafés, dans des forêts. Il rentre le soir à la même heure.

Un an plus tard, il "passe" en troisième année. Puis il "obtient" sa maîtrise. Puis son doctorat. Puis son poste de chercheur à Genève, à l'Organisation Mondiale de la Santé.

« Il passait ses journées dans sa voiture garée sur des aires d'autoroute, dans des forêts, sur des parkings de supermarchés. Parfois il regardait la frontière suisse sans la franchir. »
Emmanuel Carrère, L'Adversaire (2000)
Route vide dans la nuit Il errait. Pendant dix-huit ans.

Acte II : Construire une vie entière sur du vent

Pour entretenir l'illusion, Romand est devenu un artiste. Il parle de ses "recherches" avec suffisamment de vague pour sembler crédible. Il voyage en Suisse une ou deux fois par an, pas pour travailler à l'OMS, mais pour y rôder, photographier les couloirs, mémoriser les noms des vrais chercheurs.

Il a un bureau imaginaire au Département de médecine interne. Un salaire imaginaire de 24 000 francs par mois. Des collègues imaginaires dont il cite les prénoms au dîner. Des conférences imaginaires à Washington, à Tokyo, à Vienne.

L'architecture du mensonge

  • Diplômes : Tous faux. Doctorat de médecine, habilitation à diriger des recherches : aucun n'existait.
  • Emploi : Il ne mit jamais les pieds dans les bureaux de l'OMS en tant que salarié.
  • Revenus : Il "gérait" l'épargne de ses proches pour "l'investir" via des réseaux suisses. En réalité, il la dépensait.
  • Réseau social : Tous ses amis, sa femme, ses parents le croyaient sincèrement médecin à l'OMS. Personne n'avait vérifié. Personne.

Ce qui est peut-être le plus vertigineux, c'est la logistique du mensonge. Romand devait mémoriser des dizaines de détails, maintenir une cohérence sur dix-huit ans, adapter son récit sans jamais se contredire. C'est une performance intellectuelle hallucinante, mise au service d'un vide absolu.

Acte III : L'argent, le poison lent

À partir du début des années 1980, Romand commence à court-circuiter ses mensonges par un nouveau problème : il lui faut de l'argent. Son "salaire" de l'OMS n'existe pas, mais les factures arrivent. La maison à Prévessin-Moëns, les vacances, les vêtements des enfants : tout cela coûte.

Sa solution est diabolique dans sa simplicité : il propose à ses proches de faire fructifier leur épargne via ses "contacts" en Suisse. Ses parents, ses beaux-parents, son ami d'enfance Luc Ladmiral : ils lui confient des dizaines de milliers de francs. Florence elle-même lui remet les économies familiales. L'argent disparaît.

Fin 1992, un médecin ami de la famille commence à poser des questions trop précises. Florence a demandé à consulter un médecin à Genève, "un collègue" de son mari, et la réponse qui lui revient est ambiguë. Le château de cartes commence à trembler.

Acte IV : Les 9 et 11 janvier 1993

Jean-Claude Romand comprend que tout va s'effondrer. Pas dans quelques semaines. Dans quelques jours.

Dans la nuit du 8 au 9 janvier 1993, après une dispute avec Florence, il la tue dans leur chambre. Le lendemain matin, il attend que ses enfants descendent. Caroline, 7 ans, et Antoine, 5 ans. Il les tue l'un après l'autre.

Le 11 janvier, il rend visite à ses parents dans les Rousses, dans le Jura. Il leur tire dessus. Puis à sa maîtresse parisienne, Corinne Chambonnet : elle survit miraculeusement. Il revient ensuite à Prévessin-Moëns, avale des barbituriques, et met le feu à la maison. Il survivra. Ses victimes, non.

Palais de justice Procès à Bourg-en-Bresse, juillet 1996.
8–9 janvier 1993

Meurtre de Florence Romand, son épouse.

9 janvier 1993

Meurtre de Caroline (7 ans) et Antoine (5 ans), leurs enfants.

11 janvier 1993

Meurtre de ses deux parents. Tentative de meurtre sur Corinne Chambonnet à Paris. Tentative de suicide par incendie : il survit.

Juillet 1996

Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec période de sûreté de 22 ans.

Juin 2019

Libération conditionnelle après 26 ans d'incarcération. Vit sous identité protégée.

Acte V : L'imposteur et ses miroirs

Comment un homme peut-il mentir pendant dix-huit ans à sa femme, ses enfants, ses amis, ses parents, sans jamais être démasqué ?

La réponse est aussi inconfortable qu'évidente : personne n'a jamais vérifié.

Pas Florence, pourtant médecin elle-même, qui partageait sa vie depuis 1980. Pas ses beaux-parents, qui lui confièrent leurs économies. La confiance interpersonnelle (cette confiance aveugle que nous accordons à ceux que nous pensons connaître) était suffisante pour entretenir le mensonge.

Les études françaises estiment que 12 % des CV contiennent un mensonge significatif sur les diplômes ou les expériences. Pas des assassins. Pas des Romand. Mais des gens qui ont pris le risque de mentir parce qu'ils savaient (consciemment ou non) que personne ne vérifierait.

« La question qui se pose n'est pas : comment a-t-il pu faire ça ? C'est : comment avons-nous pu ne pas le voir ? »
Compte-rendu du procès, Le Monde, juillet 1996

La leçon pour les recruteurs

L'affaire Romand n'est pas une curiosité historique. C'est un rappel brutal que la confiance, sans vérification, n'est pas une stratégie : c'est un pari.

Vérifier les diplômes et les expériences d'un candidat n'est pas un acte de méfiance. C'est de la diligence raisonnable. La question n'est pas "Ai-je des raisons de douter ?" La question est "Ai-je des raisons de ne pas vérifier ?"

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